La littérature consacrée aux « musiciens migrants » s’est attachée à explorer diverses dimensions, allant des réseaux transnationaux et diasporiques qui sous-tendent les carrières musicales aux transformations esthétiques et stylistiques des musiques au fil des parcours migratoires, en passant par les enjeux de reconnaissance, de visibilité, d’appartenance et les discriminations et processus d’exclusion des artistes basés sur la langue, l’accent, l’ethnicité, la religion ou l’origine nationale.
En revanche, peu de recherches portent sur les réalités spécifiques des musiciennes migrantes, alors même qu’elles se situent à l’intersection de plusieurs rapports de pouvoir (genre, classe, racialisation et parfois âge, religion, langue) qui façonnent leurs trajectoires. Ces difficultés s’enracinent dans de profondes disparités, à l’échelle mondiale, en matière de droits des femmes et des minorités de genre, ainsi que dans des différenciations genrées qui traversent la formation musicale et les opportunités professionnelles.
Ce cycle de conférences convoque des chercheur·euse·s en sciences humaines et sociales, des musicien·ne·s et des travailleur·euse·s culturel·le·s afin de favoriser un dialogue entre savoirs scientifiques et expérientiels autour de ces enjeux complexes. L’entrecroisement de regards et de voix se veut également en phase avec la double pertinence théorique et sociale du sujet. Les thématiques abordées s’organiseront autour de trois grands axes :
1) Un axe migration qui interroge les défis spécifiques au déplacement géographique des musicien·ne·s, en abordant le processus migratoire à ses échelles micro, méso et macro. Cela inclut les mobilités sociale et économique qui accompagnent la mobilité physique, l’acquisition d’habiletés linguistiques et administratives en contexte d’immigration, ou encore les restrictions juridiques et réglementations qui façonnent l’(im)mobilité des artistes.
2) Un axe socioprofessionnel et artistique qui analyse les tensions et défis d’arrimage des différentes socialisations professionnelles de musicien·ne·s en migration, compte tenu des multiples spécificités nationales en matière de politiques culturelles, de conception de l’art et du statut d’artiste, voire de notion même de « professionnalisation » en musique qui est loin d’être univoque dans toutes les traditions musicales.
3) Un axe genre qui explore les obstacles découlant des profondes disparités, à travers le monde, entre le droit formel et la liberté effective des musiciennes de pratiquer leurs musiques, les différenciations et discriminations genrées dans un milieu encore largement masculin, ainsi que les inégalités salariales persistantes et les interruptions de carrière dues à la maternité, entre autres.
Des moments artistiques, en tant que prolongement vivant de ces réflexions, viendront ponctuer ce cycle qui se tiendra du 7 octobre au 18 décembre 2025. Ces temps performatifs permettront d’entendre et de voir les créations issues de parcours migratoires, tout en rendant sensible la diversité des esthétiques, des langues et des histoires de vie.